ArAnimA va régulièrement à la rencontres des artistes et vous propose un reportage de cette rencontre.
Jean Lemonnier, une rencontre multiple.
Le mot de Sybe
Une enseigne suspendue accueille le visiteur, nous sommes au Chat Noir, une porte s'ouvre silencieusement en haut de trois marches de pierres usées par le temps. L'atelier galerie de Jean Lemonnier, un lieu où la matière, les formes, les couleurs, les senteurs vous enveloppent avec bienveillance, avec chaleur. Peu à peu, en l'absence de leur créateur, les œuvres entament avec vous un curieux dialogue. Ce sont elles qui vous observent, calmement, il se passe qq. chose… la vie est là, non pas figée mais sensuellement caressante, presque rassurante… Alors vient l'instant irrésistible du toucher, on ne peut s'en défendre. La main se pose sur le galbe d'un poitrail, glisse le long des courbes insensées d'un manchot empereur, d'un cormoran ou d'un phoque alangui… Jean a donné la parole aux granites, aux marbres, au schiste, aux onyx. Il n'impose rien, il laisse s'exprimer les bois de tilleul, de chêne, de Cyprès, les santals, les terres cuites et les métaux. Ses bronzes flattent le creux de la main qui les effleure. On s'attarde, l'œil devient paresseux, il insiste, a envie de rester posé sur l'aile d'une sterne, plongeuse émérite, immortalisée dans son élégance. La galerie est l'exacte représentation d'un « Bain de Nature », la profusion des choses à voir est telle qu'on en vient presque à souhaiter une chaise longue pour jouir en toute sérénité de cette éblouissante symphonie artistique. Nous n'avons pas encore rencontré le maître des lieux, pourtant il me semble le connaître déjà, le hasard a voulu que ses oeuvres en soient les courtois ambassadeurs. La rencontre a lieu dans son atelier, il travaille sur une étude de dauphins. Ici tout respire le calme et l'infini respect de ce qui vit. Nous avons fait le voyage à l'envers en commençant par les œuvres achevées et en terminant par l'essence créatrice autour d'une boule de terre. C'est autour d'une bolée de cidre et la traditionnelle galette bretonne que nous échangeons nos impressions sur ce monde qui laisse de moins en moins de place à la vie animale et végétale. Jean a cet immense privilège de pouvoir exprimer « ses vérités » il rend simplement hommage aux splendeurs qui nous entourent, avec humilité et avec le profond désir de célébrer sa passion de toujours : la Nature. Le grand bol d'air frais, le long des berges de l'Aff, au pays d' Yves Rocher, est un excellent moyen de pratiquer une bonne digestion tout en admirant les geais et bergeronnettes affairés aux constructions de leurs nids. Le village de La Gacilly est magnifique sous le soleil de février, nous rentrons les joues roses et l'esprit joyeux pour un dessert-café en compagnie de la maîtresse de maison, Anne Smith, artiste peintre et sculpteur talentueuse. Tarte fraise-myrtilles et café dans de délicates tasses de porcelaine anglaise en compagnie du chat moelleusement installé sur son doux coussin façon léopard. L'ambiance est chaleureuse et il fait bon se laisser aller à ce cocooning ! Les verdiers se disputent qq. miettes sur le rebord de la fenêtre, Jean nous fait l'honneur des lieux et nous entraîne jusqu'à l'atelier d'Anne. Lorsque deux talents se rencontrent que se racontent-t-ils ? Anne et Jean rivalisent de talents, c'est un véritable bonheur pour les yeux et nos coeurs. Une harmonie s'est installée tendrement au sein de ce couple d'artistes, si chacun d'eux est pris dans son travail et dans son propre atelier, il n'en est pas moins vrai que l'un accompagne l'autre, lui fait un petit signe touchant par œuvre interposée… Anne fait figurer les phoques sculptés par Jean dans son triptyque marin, petit clin d'oeil … Anne réalise de magnifiques tableaux animaliers et paysagers, c'est d'ailleurs là un terrain d'entente privilégié entre Jean et Anne dont ce n'est pas la spécialité puisqu'elle est reconnue comme artiste maritime avant tout et plus particulièrement pour ses saisissants paysages industriels. Son doux flirt avec l'Art animalier se retrouve avec poésie dans son jeu d'échec. Quelle merveille, ses soldats sont des chiens adorables, mais CHUUUUT je vous laisse découvrir les photos ! Notre journée se termine avec la visite de la « réserve », un sous sol magique, des lionceaux de bronze côtoient phoques, lions de mer et lynx, un échassier bizarre se devine sous sa couverture de protection, un papillon et une sauterelle d'acier étonnent par leur présence, les ours, dans leur étreinte maternelle ou fraternelle complètent ce décor fantastique ! Jean Lemonnier est le fidèle gardien de ce précieux cortège de merveilles. Au lever du soleil, dans les volutes de la brume matinale, il imagine, il invente des courbes nouvelles, il élabore une stratégie d'épine dorsale encore plus parfaite, il cherche l'inflexion qui va rendre différent le centième cormoran, le « petit qq. chose » qui sera le « plus », le « encore mieux », le « juste différent »… L'ultime image est la plus belle, celle du sourire du Maître tenant dans ses mains une rascasse sortie un jour de ses doigts, l'image d'un hommage rendu à notre extraordinaire milieu naturel, l'image de l'éternel émerveillement devant tant de perfection tout autour de nous, il suffit…de regarder. Merci à tous les deux pour tant d'Amour.
A la Table de Denis BERTEAU
Le mot de Sybe
Denis Berteau nous accueille avec son habituelle modestie, cette grande simplicité chaleureuse qui vous donne immédiatement l'impression de « faire partie de la famille ». Cet ancien élève de la prestigieuse Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), a travaillé dans la grande précision, a fréquenté les mêmes bancs que ses illustres prédécesseurs comme Fantin Latour, Dalou, Rodin, etc. Il a fait du décor peint en trompe l'œil sa spécialité. Son art s'exporte dans le monde entier. Nous sommes heureuses de pouvoir le retrouver à Paris XVème pour une visite dans un univers de finesse, de rangement, d'inventions, de délicatesse et de poésie. Ici tout est parfaitement rangé, classé. L'ordre et la précision sont indispensables à la réussite de l'investissement temps et technique de cet artiste pas comme les autres. Denis ne cesse d'inventer, de s'interroger sur des combinaisons subtiles de produits, de leur association et du résultat dans le temps. Il peut attendre des années et des années en observation méticuleuse avant d'utiliser le « produit » Patiemment il concocte ses couleurs, jamais satisfait il cherche et cherche encore la lumière qui fera la petite différence, le ton qui saura caresser l'œil jusqu'à émouvoir le cœur. Ses toiles, des huiles, sont grandes et il faut l'échelle pour les présenter sur leur rail coulissant. Voyage dans la fraicheur des ronds dans l'eau, les reflets se perdent au fond du lac, l'eau devient attirante, les ombres s'étendent avec grâce entre les nénuphars … Nous sommes comme transportées dans les paysages de Denis où il y fait bon vivre. Merci Denis pour ce voyage au bout des pinceaux, cette plongée dans un idéal de douceur, de couleurs aux touches si personnelles.
A la table de Joanna HAIR
Le mot de Sybe
Joanna vous invite, dès votre arrivée, à un traditionnel " nice cup of tea " au creux d'un jardin dessiné avec le cœur et où tout vous semble accueillant, jusqu 'au fil à linge qui étend sa longueur au dessus des plants de fleurs et de tomates.
Joanna et Alain ( Alain Kurylo, son mari, fidèle associé dans sa technique du Raku , merveilleux sculpteur, et graveur plus que confirmé) ont cette touchante manière de vous englober immédiatement dans leur univers de convivialité et d'Art. Il semble que la maison vous attendait pour vous plaire, elle ressemble en cela aux œuvres de Joanna qui dégagent une force de vie et un naturel authentique. L'artiste sait, en quelques minutes de travail de la terre, capter le mouvement essentiel qui saura donner vie à ses animaux à l'issue de l'épreuve du feu.
Tout a été soigneusement préparé sur deux jours pour que je puisse assister à des naissances programmées.
Joanna est une spécialiste de la technique du Raku. Le raku, ou céramique japonaise, permet de créer des œuvres uniques, pleines de charme et de personnalité. Cette technique est apparue au XVIe siècle pour fabriquer des pièces destinées à la cérémonie du thé. L'aspect caractéristique de la céramique craquelée est dû au mode de cuisson. Les sculptures sont placées dans un four, puis portées à environ 1 000° C (température de la lave en fusion). La cuisson dure entre une et deux heures selon l'importance des pièces. Lorsqu'elles sont incandescentes et l'émail luisant, c'est le moment d¹ouvrir le four. Avant d'effectuer cette opération, Joanna et Alain se déguisent en silhouettes masquées, gantées et bonnetées ! La chaleur est intense, je peux la sentir même derrière mon objectif. Chaque nouvelle cuisson est une grande inconnue, le moment de l'ouverture du four est une aventure, une découverte, c'est magique, l'air vibre sous l'effet de la chaleur. Les deux masques se rapprochent pour un baiser de " bonne chance ", un rite chez Joanna et Alain.
Alain sort alors les sculptures une par une, à l'aide de pinces, et les enfouit dans de la sciure qui s'embrase aussitôt, dégageant une épaisse fumée et une odeur forte. Le choc thermique fait fendiller l'émail et la fumée rentre dans les craquelures. Lorsque l'enfumage est jugé suffisant, la pièce est ressortie de la sciure, Joanna arrose alors brutalement pour fixer les effets d'émaillage. Après un refroidissement complet les sculptures sont nettoyées, débarrassées des traces de goudron. Les animaux sculptés sont délicatement posés dans un panier, la fumée est encore épaisse, on ne peut que deviner des formes puis, tout doucement sous l'effet de l'eau, ils prennent vie, le moment est émouvant, presque surréaliste… Le bec jaune du merle se met à briller, la tortue semble se réveiller d'un long sommeil enchanté, la carapace encore environnée de volutes bleutées, les petits manchots semblent sourire en venant à la vie, le lapin affiche un air sérieux, sa robe est-elle assez belle ? l'iguane, vert d'un côté, brun de l'autre, à eu " un peu chaud " c'est ça la magie du Raku, on ne sait jamais ce qui va sortir ni des flammes ni des eaux !
La soirée sera illuminée et projetée sur la cathédrale et les remparts du Mans, un spectacle unique en Europe, je suis heureuse que tant de lumières ne dégagent proportionnellement pas autant de…chaleur !
Le délicieux et traditionnel breakfast anglais précède une leçon de sculpture magistrale. Joanna a mille secrets dans ses mains douces et agiles. La terre se plie, s'ouvre, se tort, s'arrondi, s'épointe et en quelques toutes petites fractions de minutes, un manchot se distingue déjà. Le choix de la terre est primordial, Joanna l'appelle sa " terre olympique ". Elle est fabriquée par Mr. Baillet à partir de 11 terres différentes. Joanna travaille autour du vide, elle vient depuis l'intérieur ce qui donne le mouvement. Une main est à l'intérieur du ventre et l'autre peaufine les courbes extérieures. Joanna va tellement vite, on dirait que ses doigts savent les formes et travaillent avec un cerveau propre, dans le geste il y a de l'amour et de la tendresse, un sourire éclaire le visage de l'artiste qui semble soumise au rythme imposé par ses mains, elle s'en remet à elles, une harmonie s'est installée et une nouvelle vie jaillit. La technique du Raku est traditionnellement pensée pour des pièces modestes. Joanna dépasse cette tradition et est capable de travailler des pièces majeures de taille exceptionnelle pesant jusqu'à 80kg. La difficulté technique est immense, le poids est une constante très difficile à maîtriser, surtout à la sortie du feu à plus de mille degrés !
Avant de partir, je m'offre une nouvelle visite de la " caverne d'Ali baba de Joanna " . c'est l'endroit où sont posées quantités de pièces en attente, là sur des étagères en bois, le long d'un escalier étroit et grinçant, les animaux vous suivent du regard, paisibles, attentifs, au repos. La lumière blafarde glisse des touches irrégulières sur des encolures puissantes, de longs cous fragiles et gracieux des poitrails imposants, une carapace magnifiquement craquelée et parfois … une oreille bouge, …un œil semble cligner… J'ai rêvé ? Joanna, quels messages veulent transmettre tes animaux aux yeux ombrés d'une vie insoupçonnée ?
Les œuvres de l'artiste sont exposées au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres (Grande-Bretagne), au Musée Curtius de Liège (Belgique), au Musée des Arts Décoratifs de Baugé (49), ainsi que dans de nombreuses galeries.
A la table de Kasper
_JUILLET 2011_Ce mois ci ArAnimA a l'honneur de vous inviter à partager la table de Kasper, Artiste Peintre et Sculpteur passionné.__
"Kasper, est un homme habité par la sculpture. Réceptif à toutes les formes de la nature, il donne une forme puissante à nos rêves les plus fous, nos images oniriques, nos désirs pétrifiés, nos interrogations. Les thèmes équestres, mythologiques, ou animaliers se côtoient. Son art est à la fois empreint de force, de mystère et d'émotions. Kasper révolutionne la vision du minotaure et revisite la mythologie en inventant un super héros contemporain se référant au surréalisme cher à Dali, Picasso mais aussi Breton ou Massonn. La symbolique du labyrinthe évoquée est à considérer sous l'angle d'une initiation à la vie. Le parcours proposé à Thésée prend racine sur un escalier qui remplace le sexe de l'homme mi dieu, mi animal. Il nous invite à remonter l'escalier à l'aide du fil d'Ariane tendu comme des muscles vers nos origines. Ainsi notre dédale intérieur s'inscrit dans le ventre du minotaure."
"les sentiers de la sculpture" Polo Club de St. Tropez
Le mot de Sybe
On passe devant sans la remarquer, c'est la porte métallique d'un ancien garage à autobus. Puis on fait demi-tour... ça ne peut être que là... Je repasse devant et la porte s'ouvre comme par enchantement. L'instant est suspendu, l'univers qui s'ouvre à mes yeux ébahis est le monde intime du créateur de formes, d'images. Ce monde statufié est vivant, mouvant et entraîne le visiteur dans les méandres doux et compliqués d'une âme riche et sensible. Kasper étonne, force le regard à s'attarder ici et là, au gré d'oeuvres qui ne se laissent pas seulement regarder mais qui ont le pouvoir de vous observer, un peu comme si le monde s'inversait, que le visiteur devenait statique et que l'oeuvre, vivante et pensante jouait à "l'humain".
Nous sommes chez un sculpteur, environnés d'objets hétéroclites. Toutes les matières sont représentées: bronzes, bois polychrome, terre cuites, métaux...Un cheval cabré côtoie un sanglier taille nature, une tortue marine en marbre de carrare nage sur le dos, le cheval de Bartabas, assis, prend le temps de souffler... Un minotaure ici, un chat égyptien là, un poisson plus loin, c'est une immersion totale dans un indéfinissable qui caractérise l'artiste, on ne sait plus où on en est, c'est comme le jeux de cartes d'un prestidigitateur, il y a de la magie.
L'artiste est le meilleur des hôtes et offre, avec une simplicité bon enfant, le couvert aux visiteuses d'ArAnimA, arrivées en retard à Asnières et... l'estomac vide. Un déjeuner impromptu est préparé, ce sont les meilleurs! Chacun y met du sien et nous mangeons joyeusement sous la tonnelle du jardinet attenant à l'atelier. Avant de partir, nous nous attardons autour de l'Homme poisson, fusion de la passion de l'artiste pour la mer et pour les arts. Une sorte de totem. Des nageoires, un corps mi-homme mi-poisson, l'oeuvre est effilée, intemporelle, asexuée et peut se regarder à la verticale comme à l'horizontale. Kasper se prête alors à l'objectif de notre appareil photo et prend la pose, allongé à côté de son oeuvre, leurs profils se confondent et la magie nous enveloppe à nouveau. L'homme-poisson est pour Kasper un moyen de témoigner, réagir et communiquer son souci de voir la nature abîmée, déchirée. L'homme-poisson est pour l'artiste l'expression d'une harmonie totale avec la nature. Merci à toi Kasper
Le Cheval des Lumières
L'homme Poisson
" L'homme est un poisson qui a surgi de la mer, pour aller à ma conquête de la terre... Ma démarche est à la fois éthique, artistique et initiatique. L'homme poisson nous amène à nous interroger sur notre époque plus que jamais conflictuelle entre l'homme et la nature. Mon travail est le symbole de l'union entre l'homme et sa planète. Je suis le témoin des dérives de mon temps. Après avoir traversé l'atlantique à la voile au début des années 90, je me suis engagé dans cette démarche artistique sensible, riche de sens.
A travers ce thème, je construis ma vision du monde, j'alerte. Ce concept me permet de sensibiliser toutes les générations et toutes les communautés de la nécessité d'être en symbiose avec la nature et de la respecter. Il m'arrive régulièrement d'embarquer sur des bateaux dans le cadre de missions artistiques, je fais vivre et évoluer mes travaux parmi les hommes et pour les hommes, l'Homme Poisson devient un "ambassadeur", il est un messager de la paix. Placé au centre du parc naturel de l'île Nancy, tourné vers le large, il indique le chemin, celui qui mène à l'océan..."